KATIA VOUILLOZ

"Une phrase semblait effleurer l'entièreté de l'exposition, «  Mon nom est aussi le vôtre ».
Chacune des toiles me semblait reporter à ces mots, elles semblaient dire « ce que je vous présente est un parallèle au réel, un rêve qui est maintenant vôtre, ce rêve est une réalité. »


A bien des égards, la peinture tient une place particulière dans l'espace contemporain.
Car si elle a su rester pérenne dans l'étendu des autres champs de l'Art, c'est grâce à sa capacité d'adaptation en reliant le monde avec la fragilité d'un regard. Une main, un être et par conséquent une âme. Qui tente de cristalliser le temps présent pour s'y inscrire. Et espérer faire un pas de coté, juste là, collé au présent et pourtant indissociable du futur.
C'est cette humanité présente intrinsèquement au médium, qui lui donne le pouvoir de reliance. Tout ce qui lui est étranger, tout nouveau rapport confrontant sa matérialité propre et ce qu'elle représente crée une tension. Et de cette tension naît le choc poétique qui s'ancre dans les temps contemporains.

Dans la proposition conjointe de Katia Vouilloz et Mikael Groc nous retrouvons cette tension propre à l’ambiguïté des langages.

Chez Mikael Groc, l'accumulation établit un territoire. Narratif, réaliste voir même sur-narratif et sur-réaliste.
Chacune de ses toiles se compose d’une addition de concepts, qui se retrouvent transfigurés dans une image. L'ensemble, comme une liste sous forme de bribes, personnages ou symboles sont associés, articulés en quête de nouvelles relations. Une fois l'épreuve numérique terminée, lorsque l'image est devenue une scène, l'acte pictural démarre. Et dans cette traduction, une nouvelle étendue de choix est prise mais surtout, tout les sujets qui composent la représentation sont magnifiés par la main. Ces scènes se référent à la peinture de scène classique tout en transpirant la violence et l'injustice d’un monde.

Chez Katia Vouilloz, l'espace numérique rencontre l'espace pictural. A première vue, cette simple traduction ne semble établir qu'un unique rapport formel.
Pourtant, l'esthétique, les couleurs, les formes qui en sont le répertoire de ses compositions, parlent des outils actuels et ainsi s'inscrivent dans un langage contemporain. Cet abécédaire personnel qui est l'inspiration primaire de son acte créatif engage des questionnements conceptuels. En théorie, les outils numériques sont des mimiques des pratiques ancestrales; on retrouve le pinceau, le crayon, la règle, etc. En traduisant une traduction, elle crée un relais qui forme un loop. Où le père devient le fils et où toutes les règles de linéarité du temps s'annihilent.
Son art devient de droit la mise en place d'un présent où l'abstraction est un code alchimique.


Eux deux, sous nos yeux, font embrasser avec justesse l'ère visuelle, trait de caractère primaire du monde moderne dans l'espace pictural. Ils nous invite à dépasser les références esthétiques, culturelles, propre au langage numérique pour envisager un monde où tous les contraires sont possibles. Un monde où cohabite de manière parallèle, une étendue de contradictions."


Léo François Luccioni, artiste



"Carré noir, carré blanc
Qui passe derrière, qui règne devant ?
Les œuvres de Katia Vouilloz sont étonnantes: elles nous décontenancent par leurs traits qu’on croirait brouillons, inachevés, mais qui sont maîtrise, justesse et questionnent la relation de l’artiste à sa toile.
Superposition, amoncellement ou simplification ?
On pense avoir compris le processus, déchifré le mode d’emploi et à nouveau elle nous échappe et il faut y replonger le regard.
Parlent-elles de l’ère numérique ou du travail d’atelier?
Horror Vacui ou décomplexion face au support?
La jeune artiste ne manque pas de titiller notre rapport à la peinture et à cette fragile frontière qui fait que l’œuvre est œuvre quoi qu’on en pense."

Amina Turner, artiste et art thérapeute
2017

"Les toiles de Katia Vouilloz sont les pans de mur d’une maison en construction.
On pourrait y sentir les effluves de peinture fraîche, se figurer la joie d’un couple prêt à s’installer.
Mais l’excitation des débuts a laissé sa place à l’attente. Les travaux sont arrêtés. Nous sommes dans un temps absent ou la grisaille de la poussière a remplacé le blanc neuf, ou les vapeurs d’enduis ont attaqué progressivement les surfaces. Le temps s’étire dans une maison qui s’enterre. La langueur infiltre ce projet qui peine à avancer et n’émergera peut-être pas.
Certains détails témoignent d’une tendresse en suspend ; on devine encore l’esquisse d’une salle à manger, plan abandonné et coincé dans une trame, ou l’idée d’un salon, mesuré, calculé grossièrement. Maintenant, les ouvriers de chantier ont rangé leurs pinceaux, rassemblé leurs outils. Ils ont regardé les lieux une dernière fois, griffonné quelque chose au crayon gris, une vague annotation pour les suivants, puis ils ont déserté les lieux. Rapidement, des jeunes graffeurs du quartier ont pris d’assaut l'affaire. Sur ce squelette d'habitat à ciel ouvert, la vie s’articule à nouveau. Désormais la jeunesse règne, refleurit. Et les graffeurs dansent et dansent encore, faisant voler leurs sprays sur les murs…"

Alice De Soultrait, artiste
2017